28 février 2012

La Dame de fer

Attention, c'est brûlant. La Dame de fer fait partie de ces rares films qui auraient dû franchement s'abstenir. Dans la tradition récemment restaurée du biopic, le film suit le parcours de Margaret Thatcher, Première ministre du Royaume-Uni de 1979 à 1990. Pour être plus exact, c'est surtout à la veille femme hallucinée et un tantinet alcoolique à laquelle s'intéresse le film. Ses délires remplacent la madeleine proustienne, et le fleuve biographique commence alors pour le personnage historique. Si l'arnaque est flairée dès les premières minutes, c'est pour mieux laisser durer les longues suivantes qui achèvent en un temps record l'attention du spectateur.
Après la comédie musicale Mamma Mia !, la réalisatrice Phyllida Lloyd tente du mieux qu'elle peut de donner une consistance à son personnage. Chose pré-mâchée pourrait-on penser avec Margaret Thatcher, or, le film prend le parti pris de ne s'attacher qu'à la femme de parcours et non à sa politique. Le film s'appelle La Dame de fer, mais aurait pu tout autant s'appeler La Dame de guimauve. Les flashbacks autour desquels s'articule le film sont la marque des symptômes empiriques de la vieille dame amnésique. Dans cette ironie proche de l'absurde, les actions politiques de l'ex-Première ministre sont présentées à toute vitesse (la mise en scène du conflit des Malouines : plus jamais ça !) lorsqu'elles ne sont pas totalement oubliées. Les images d'archives, anonymes et montées de façon épileptique, brouillent les ambitions du film qui, malgré toute volonté d'impartialité, demeure malgré lui un long-métrage politique. Comment prétendre de cette Dame de fer qu'il n'est qu'un film de portrait lorsqu'il repose sur l'une des figures les plus emblématiques du libéralisme politique ? Bref, le film ne tient pas la route, ni ontologiquement ni politiquement.
Reste alors les qualités purement formelles du film résumées à sa seule actrice. Meryl Streep, géniale, porte une Margaret Thatcher crédible en l'état, et signe une de ses meilleures interprétations. Elle est la pépite d'or dans la vase boueuse : étrange mariage entre la qualité du jeu et la médiocrité de l'entreprise.
Car même dans l'esthétique rien est à grignoter, surtout quand le film prend des allures plagiées au Discours d'un roi (la séquence de l'orthophoniste est une blague). A une époque de crises où le thatchérisme gagnerait en discrétion, ce biopic hagiographique et définitivement de mauvais goût est la boulette du début d'année. Pour se laver les yeux, rien de mieux alors qu'un retour au cinéma anglais engagé à la Ken Loach ou Mike Leigh.


Réalisé par Phyllida Lloyd
Avec Meryl Streep, Jim Broadbent, Susan Brown
Film anglais, français | Durée : 1h44
Date de sortie en France : 15 Février 2012

6 avis gentiment partagé(s):

2flicsamiami a dit…

J'ai bien l'impression d'avoir été le seule à avoir été séduit par ce film, que j'ai trouvé assez brillant dans son montage et sa mise en scène.
Après, je suis d'accord sur les manquements fait à la peinture politique de cette femme. Mais, pour ma part, la peinture intime fait de cette femme m'a bouleversé sans pour autant me faire ignorer sa folie des grandeur et cette inhumanité froide.

Jacques-Henry Jacquart a dit…

Même Laurent Weil de Canal + ne comprend pas l'engouement pour ce film. Il ne comprend pas non plus pourquoi Meryl Streep a eu l'Oscar pour ce film.

Il ne me reste plus qu'à le voir pour me faire ma propre idée...

Wilyrah a dit…

Moi qui aime beaucoup le cinéma anglais, je n'y ai rien trouvé de bon excepté la performance de Meryl Streep bluffante de ressemblance.

PS : il devrait être interdit d'évoquer le nom de Laurent Weil sur un site de cinéma.

Jérémy a dit…

2flicsamiami : Ah nooon tu peux pas dire ça ! La mise en scène est vide : vide de sens, vide d'intérêt, vide plastiquement. Quant au montage je ne vois pas comment on pourrait justifier l'utilisation épileptique des archives qui est complètement absurde.
Peinture intime ? Je ne suis pas d'accord : faire un cinéma pantouflard en prenant pour héroïne une Thatcher sénile c'est du misérabilisme pas de l'intimité.
Par contre la où je te rejoins c'est que moi aussi ca m'a bouleversé : la preuve d'une telle pauvreté d'inspiration est assez rare dans le cinéma anglais.

Jacques-Henry Jacquart : L'Oscar était assez prévisible : déjà car Meryl Streep y est abonné et aussi parce qu'elle est étrangement remarquable dans ce film.

Wilirah : Qu'est-ce qu'il t'as fait Laurent Weil ? ;)

neil a dit…

Si le film n'était pas sur Margaret Thatcher il serait intéressant. C'est le paradoxe de ce biopic qui raconte habilement l'histoire d'une femme qui vieillit, avec une belle performance de Meryl Streep.

inthecrazyhead a dit…

Je dois être bien une des rares à avoir apprécié ce film après avoir lu plus ou oins partout que des critiques négatives à son encontre. Je suis arrivée à le voir d'un oeil détaché vis-à-vis de la politique car je savais que ce portrait serait complètement apolitique, ce qui est décevant vis-à-vis du titre qui sonne alors faux et également vis-à-vis du sujet puisque le résumé tant à présenter une femme politique et non une femme malade qui se noie dans ses propres souvenirs!

Donc par cet autre regard, j'ai apprécié ces passages émouvant durant lesquels l'incroyable Meryl confond réalité et passé. Si j'ai trouvé le film bien trop rapide sur de nombreux passages, il reste cependant regardable si on s'en tient au coté dramatique un peu poussif mais poignant. Vraiment dommage qu'il passe complètement à coté du sujet, qu'on n'apprend vraiment rien de concret.

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